Le Clézio aux lisières de l'enfance,

 

«  En vérité, c'est si difficile d'entrer dans le monde adulte

quand toutes les routes conduisent aux mêmes frontières  ».

Le Clézio, Chercher l'aventure .

 

Le Clézio joue aux lisières, plutôt que de jouer au jeu adulte des frontières et des limites.

La lisière ne fait pas frontière. Les lisières étaient les cordons qu'on attachait aux vêtements de l'enfant pour le soutenir quand il commençait à marcher. La lisière est lien, liée à l'enfance, mais aussi à l'apprentissage de la marche, de ce qui rend possible le pas, la fugue. L'enfant quitte ces lisières.

Dans certains textes lecléziens, sous une apparence parfois désincarnée, l'enfant est aussi un guide initiatique lumineux. Ce qui sous-tend l'œuvre est ce regard d'enfant dans ses qualités d'accueil et d'observation du monde. La si récurrente expression leclézienne «  comme pour la première fois  » est significative de cette capacité à recevoir, sans usure, la beauté du monde, de la mer au désert. La critique de l'œuvre leclézienne a analysé « ce personnage enfant », avec une certaine prédilection pour Mondo , en relevant les principaux traits : enfant lumière archétypal, enfant musicien, ou encore orphelin, fugueur, errant dans des géographies et espaces privilégiés (bords de mer, autres lisières, mer et espace transitionnel…). Dans les écrits de J-M.G Le Clézio, l'enfance participe d'un temps qui mythifie le personnage enfant en guide initiant au langage cosmique ou à la poétique de l'espace. Sublimation et rapports de l'enfant au langage participent alors d'une construction d'une « image d'enfance » tout en inscrivant l'enfant dans un paradoxe de l'incarné/désincarné.

Une toute autre expression, «  comme si  », leitmotiv de l'œuvre, rappelle les jeux, la puissance de l'imaginaire mais aussi les leurres. Nassima fait comme si elle était un garçon, et choisit la compagnie d'une boa «  en léthargie  » dans la soute du voilier. D'autres enfants –parfois sans âge, et sans parole, souvent sans figures parentales – sont aux marges de la société, à l'orée des supermarchés, confrontés à la violence et parfois à la sexualité qu'ils subissent. Ce qui fait seuil et confrontation serait pour les uns l'entrée dans la sexualité adulte et pour les autres infans l'entrée dans le langage. Le premier mot de Bogo le muet, l'in-fans, est «  lumière  », lumière libérée de son leurre électricité. Lumière : n'est-ce pas elle qui nous surprend dès la naissance, au premier seuil ? Naître et n'être qu'au langage ?

 

Le colloque analysera :

Le personnage enfant,

  La présence d'archétypes et la fécondité des recherches nourries d'Eliade, de Jung et de Bachelard sont manifestes pour ce qui concerne l'œuvre leclézienne. Comment aborder d'autres pistes comme l'enfant dans son rapport au bestiaire, au jeu, au livre, au langage, à la représentation mais aussi à la souffrance, au corps, au désir, à la violence, à la sexualité ?

Les exégèses ont souligné la solitude de l'enfant doué d'une capacité à saisir le monde par sa sensorialité, ce que manifeste la transformation du texte. L'enfant est aussi le compagnon de certaines figures : capitaine de bateau ( Pawana et Hazard), ou grand-mère (adoptive Thi Chi). Ces femmes sont parfois gardiennes d'une histoire et de la mémoire. Une grand-mère scelle bien trop vite les papiers d'une quête à venir sous le sceau du « sans valeur » ( Voyage à Rodrigues ) tandis qu'une tante aveugle raconte le passé, transmet une histoire ( Révolutions ) : verrou contre clé. Le regard de l'enfant témoin interroge bien des catégorisations adultes, loin de la légèreté des lisières : les frontières, les normes et les aliénations.

Une littérature pour enfant ?

Enfin même si Le Clézio n'écrit pas pour les enfants (excepté Voyages au pays des arbres) , une certaine offre éditoriale s'adresse spécifiquement à un public enfant. Au brouillage des âges chez les personnages fait écho la « traversée des frontières » (S. Beckett) entre la littérature pour adulte ou celle pour enfant. Quelles logiques éditoriales pour les rééditions en littérature jeunesse ? Quel travail d' « illustration » de l'œuvre ?

L'enfance d'un écrivain à l'œuvre. 

Nathalie Sarraute, entre autres, dont Le Clézio admire le texte Enfance, a posé la question de ce qu'est écrire l'enfance à l'âge adulte, à « contretemps ». Ecrire sa propre enfance pose à l'auteur des problématiques narratives et confronte au travail de la mémoire et de l'imaginaire. Les figures parentales, le mythe familial innervent les romans.

S'agissant de l'enfance de l'écrivain, nous privilégierons l'intertextualité qui résulte de ses lectures d'enfant ainsi que l'intratextualité de ses premiers textes écrits dès 7 ans.

La volonté de ce colloque est d'analyser les rapports de l'enfance et de l'auteur dans toutes ses singularités, en privilégiant les problématisations inédites ainsi qu'une pluralité d'approches – sociologique, biographique, narrative, philosophique ou psychanalytique… - sur l'ensemble de l'œuvre.

 

 

Colloque organisé par Isabelle Roussel-Gillet, Christian Morzewski et Francis Marcoin  

Comité scientifique : Sandra Beckett, Francis Marcoin, Christian Morzewski et Isabelle Roussel-Gillet

 

Contact/Renseignement sur le colloque : textesetcultures@univ-artois.fr

 

Présentation du colloque sur le site :

http ://www.univ-artois.fr/francais/rech/centres/pages/textes_cultures/colloque/leclezio.htm